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Ligne 154 Dinant-Givet : 2009, on discute beaucoup!

mise à jour du 29/10/2009





Acte 1 : Aucune concurrence avec la ligne Athus-Meuse. Si elle était rouverte, la ligne jouerait un rôle de délestage et de desserte locale du port de Givet.

Le Conseil syndical interrégional tenait une conférence de presse le 18.02.2009 au sujet de la potentielle réouverture de la ligne de chemin de fer reliant Dinant à Givet. Ceci, près de vingt ans jour pour jour après la fermeture de celle-ci. Le 9 février 2009, le parlement wallon votait une motion visant à définitivement rejeter le projet de réouverture de la ligne 154 (Dinant-Givet).

Si, du côté belge, les portes semblent ‘définitivement’ (à ce moment- là, ndlr) se fermer, un colloque sur le sujet au parlement wallon venant d’être annulé, le combat continue de l’autre côté de la frontière. En démontant notamment l’argument selon lequel la réouverture tant attendue créerait une concurrence avec la ligne Athus-Meuse, expert à l’appui. Francis Vérita précise que "la réouverture éventuelle serait complémentaire à la ligne Athus-Meuse. Aucune concurrence en matière de fret n’est envisageable, et pour cause, c’est techniquement impossible. La vitesse maximale sur certaines portions est fixée à 60 km/h. Si elle était rouverte, ce qui parait peu probable, la ligne jouerait donc un rôle de délestage et de desserte locale du port de Givet. Une cohabitation avec le Ravel semble aussi envisageable. (Source La Libre)

[Publié le 2009-03-08]



Acte 2 : Le 04 mars 2009, le parlement wallon demande la transformation de la ligne Dinant-Givet en Ravel !

Pour clore un chapitre. « Ce n'est pas la ligne Dinant-Givet qui est fermée pour la deuxième fois. C'est l'espérance. » Conclusion tirée par Claude Wallendorff, maire de Givet, venu à Namur suivre le débat des parlementaires wallons sur un sujet qui lui est cher. Et, effectivement, au terme d'une petite heure d'échanges, on peut dire que l'hypothèse d'une réouverture de la ligne Dinant-Givet n'a jamais été aussi lointaine.

En adoptant la motion qui leur était proposée, les députés de la majorité socialiste-humaniste demandent au gouvernement wallon de prendre une option définitive pour que ce qui reste de la ligne Dinant-Givet soit transformé en Ravel. Mais comme les infrastructures ferroviaires sont du ressort du fédéral, le gouvernement wallon devra d'abord s'adresser à la SNCB et au ministre des Transports pour que cette option soit mise en œuvre. Autant dire que la motion a une portée symbolique à trois mois des élections régionales.

N'empêche, elle a eu le mérite de rouvrir le débat, même en dehors du parlement. Une délégation du Rassemblement Wallonie France, Paul-Henry Gendebien en tête, a accueilli les députés wallons à leur arrivée pour leur demander ne pas voter le démantèlement de la voie ferrée Dinant-Givet, une initiative qualifiée d'« antiéconomique et anti écologique ».

Des termes que n'aurait pas réfutés Willy Borsus (MR), le premier à monter à la tribune. Même s'il a préféré parler d'un « conservatisme de mauvais aloi » pour qualifier la motion. Avant d'avertir : « Ce qui vous est demandé, c'est de vous priver d'avenir, c'est de priver la région de Dinant-Philippeville d'un outil de développement ». Pour le MR, le plus sage serait de remettre le sujet à l'étude et de relancer les discussions avec les Français qui sont les premiers demandeurs d'une réouverture.

Sans surprise, Bernard Wesphael (Ecolo) a embrayé dans le même sens. Evoquant la « vision passéiste » des défenseurs de la motion. Mais il a aussi insisté sur l'intérêt nouveau qu'il y aurait à rouvrir la ligne Dinant-Givet qui « mettrait Reims et les lignes TGV françaises à une grosse heure de Dinant ».

Mais pour les députés de la majorité, l'enjeu est ailleurs. Maurice Bayenet (PS), le premier, a rappelé qu'il y a vingt ans (en d’autres temps et circonstances, ndlr), quand la ligne Dinant-Givet a été fermée, « toutes les forces vives wallonnes s'étaient battues pour que Dinant ne reste pas un cul-de-sac ferroviaire ». Et l'option retenue avait été celle de l'électrification de la ligne Athus-Meuse, voie prioritaire pour le transport de marchandises à travers la Wallonie.

Et c'est précisément sur ce terrain que s'est exprimé Michel Lebrun (CDH). Pour lui la réouverture éventuelle de la ligne ne profiterait pas qu'aux quelques citoyens de Givet qui viennent se faire soigner à Dinant ou dépenser leur argent au casino. Il a cité un rapport récent du conseil économique et social de la région Champagne-Ardenne selon lequel la réouverture de la ligne Dinant-Givet « autoriserait une liaison Nord-Sud entre Anvers – Namur, Reims – Auxerre, puis le sud de la France. Elle pourrait être une alternative au sillon lorrain très utilisé ». Un sillon lorrain qui est en fait la prolongation française de la ligne Athus-Meuse.

On voudrait tuer cet axe prioritaire wallon qu'il suffirait de rouvrir Dinant-Givet, selon Michel Lebrun. (Source : La Libre, 05.03.2009)



Acte 3 : Malgré le vote du parlement wallon, les partisans de la ligne Dinant-Givet ne désarment pas. En France et en Belgique.

Pour ses partisans, il faut peut-être reconsidérer le potentiel international de la ligne Dinant-Givet, ou plutôt Namur-Reims. Surtout que depuis deux ans, le TGV-Est arrive dans la gare de la capitale de la Champagne.

Des motions, il y en a plein les armoires du parlement wallon », tranche le député Willy Borsus (MR), à l'issue d'une conférence de presse organisée, lundi 09 mars 2009, pour plaider en faveur de la réouverture de la ligne de chemin de fer Dinant-Givet. Autrement dit, la motion demandant le démantèlement de la ligne au profit du Ravel, adoptée mercredi 04 mars 2009 par la majorité PS-CDH, n'empêche pas de relancer le débat.

Débat qui aurait dû prendre la forme d'un colloque dans les murs du Parlement wallon, mais qui ne s'y tiendra qu'en automne, en raison de la proximité avec les élections régionales.

En attendant, les partisans, réunis à Dinant par le bourgmestre Richard Fournaux (MR) et le maire de Givet, Claude Wallendorff (UMP), fourbissent leurs arguments. Avec une première recommandation, ne dites plus ligne Dinant-Givet, mais parlez plutôt de la ligne Namur-Reims, histoire d'inscrire la discussion dans un contexte plus européen.

C'est surtout du côté français que la demande de réouverture est forte et constante. Et elle traverse tous les partis, du PCF à l'UMP, en passant par le Parti socialiste. Le président du Conseil général des Ardennes et sénateur Benoît Huré (UMP) a rappelé le point de vue officiel de la France dans ce dossier. Avec un argument de poids que les parlementaires wallons avaient, peut-être, un peu vite balayé. « La ligne Dinant-Givet, c'est 22 kilomètres d'infrastructure, 19 en Belgique et 3 en France. Et les Français sont prêts à payer la moitié de la facture. Ce serait une première en Europe. Ces crédits sont ouverts, mais on ne sait pas pour combien de temps. » La somme des travaux de rénovation de la ligne Dinant-Givet est estimée à 23 ou 24 millions d'euros.

Les partisans de la ligne ont découvert les travaux d'un expert suisse des relations ferroviaires transfrontalières, Markus Rieder. Il s'est intéressé à la liaison Dinant-Givet dans le cadre de sa thèse de doctorat. Il estime, et il n'est pas le seul, que l'argument principal des opposants à la réouverture, à savoir le risque de concurrence avec la ligne Athus-Meuse, ne tient pas la voie. Même remise en état, la ligne Dinant-Givet n'aura jamais la capacité d'aller au-delà d'un trafic marchandises local. Juste suffisant pour desservir le port de Givet, estime l'expert. Pour qui, en revanche, il n'y a pas d'incompatibilité entre la ligne de chemin de fer et le Ravel, qui pourraient se dérouler côte à côte. Selon Markus Rieder, « le potentiel local en voyageurs est suffisant aujourd'hui pour rouvrir la ligne à condition de prévoir un service minimum de 18 allers-retours cadencés ».

D'autres intervenants ont souligné que le potentiel international de la ligne avait évolué, depuis 2007, avec l'arrivée du TGV-Est, en gare de Reims. Reims qui pourrait être atteint en moins de deux heures au départ de Namur.

(Source : Le Soir : J-P. PE)



Acte 4 : Question parlementaire le 09 mars 2009.

Un député fédéral a posé une question parlementaire au vice-premier ministre et ministre de la Fonction publique, des Entreprises publiques et des Réformes institutionnelles sur "les possibilités de réouverture de la ligne Dinant-Givet", en s’exprimant comme suit : « Les autorités françaises et des syndicats français ou belges plaident pour une étude en vue de rouvrir la ligne 154 Dinant-Givet. Le Président de la République, alors candidat, avait déjà soutenu ce projet. Cette réouverture désenclaverait Dinant, constituant un atout pour l'emploi et le tourisme. Namur serait reliée aux lignes TGV au départ de Reims ou Charleville-Mézières. Quelle est votre opinion sur la réouverture de la ligne 154 ? Avez-vous eu un contact à ce sujet avec des autorités françaises ? Ne faudrait-il pas connaître leurs intentions ? Cette réouverture concurrencerait-elle la ligne Athus-Meuse ? Pouvez-vous vous engager à ne pas prendre de décisions qui rendraient très difficile une réouverture future ? »

Le lundi 09 mars 2009, Steven Vanackere, ministre (en français) répond.
« À l'heure actuelle, une réouverture n'est pas prévue. Les conclusions d'une étude de faisabilité réalisée en 2003-2004 ont amené les autorités à ne pas donner suite au projet. En effet, le potentiel de voyageurs de la ligne Dinant-Givet ne justifiait aucune offre de transport et, partant, aucun engagement de travaux d’infrastructure nécessaires. Les travaux d'infrastructure avaient été estimés en 2004 à 20,8 millions d’euros, ce qui ferait aujourd’hui 27,4 millions d’euros. Une réunion sur ce sujet s'est tenue le 2 décembre 2008 à Charleville-Mézières entre les autorités françaises, le SPF Mobilité et Transport, Infrabel et la SNCB. Les autorités françaises y ont exprimé le souhait de cette réouverture et les premières propositions relatives au financement ont été avancées. RFF, gestionnaire de l'infrastructure en France, et Infrabel sont chargés d’actualiser l'étude sur les investissements. Une étude de marché sera entreprise pour connaître le potentiel commercial, soit du périmètre Givet-Dinant, soit du périmètre Reims-Namur. Les partenaires se sont accordés pour une décision en 2012 sur des bases précises et actualisées. Les hypothèses de trafic de l’étude de 2003 devront être révisées pour tenir compte de l’arrivée du TGVEst à Reims et à Charleville-Mézières. Un groupe de travail sera constitué avec la préfecture de Région, la Direction régionale de l'équipement, le Conseil régional de Champagne-Ardenne et la SNCF pour la France ; la Région wallonne et la SNCB pour la Belgique. Le contenu de ce travail alimentera la démarche prospective et programmatique réalisée par Infrabel. Ces études permettront, si le projet est retenu par l'ensemble des parties, de lancer des négociations qui porteront sur le partage financier et opérationnel de ce projet, l'investissement pour la réouverture de la ligne et les conditions d'exploitation de cette ligne. Dans le contexte de libéralisation du transport de marchan-dises, le choix d'un itinéraire relève des décisions des entreprises ferroviaires. Il convient cependant de noter que la réouverture du tronçon permettrait de créer une connexion parallèle à l'axe Athus-Meuse.

Il n'entre pas dans les intentions du Groupe SNCB de procéder au démantèlement de l'assiette de la voie existante.

[Publié le 2009-03-22]